“Edward aux mains d’argent” est un film américain de Tim Burton sorti en avril 1991 en France.
Un soir d’hiver, une grand-mère raconte à sa petite fille l’histoire d’ “Edward”, un jeune homme créé de toute pièce par un inventeur vivant seul dans un château. Malheureusement l’homme meurt avant d’avoir fini son chef d’œuvre : Edward se retrouvant avec des lames à la place de ses doigts.
Edward vit seul dans cette demeure, jusqu’au jour où Peggy Boggs, commerciale en produits cosmétiques sonne à la porte désireuse de trouver de nouveaux clients. Elle fait la rencontre d’Edward et découvre qu’il vit seul.
Elle le ramène chez elle où vit son mari, sa fille Kim et son fils Kevin. Très rapidement le voisinage s’inquiète de cette arrivée.
Tim Burton représente cette ville (nommé Suburbia, clin d’œil aux banlieues des villes américaines) avec beaucoup de couleurs vives. Rien ne sort de l’ordinaire, tout le monde se ressemble, les maris partent au travail simultanément, les jardins sont tous entretenus, chaque femme porte les mêmes vêtements.
Le château d’Edward est quant à lui représenté en noir et blanc et s’oppose à l’univers de Suburbia. Edward lui-même contraste avec l’apparence des habitants de cette ville.
Edward est accueilli chaleureusement dans un premier temps, essentiellement par les femmes, mais sera vite repoussé par ces dernières. Elles tentent de l’intégrer au sein de leur communauté en lui demandant de couper leurs cheveux, de faire du toilettage canin…
La seule personne qui tombe amoureux d’Edward est Kim, jeune adolescent n’étant pas encore formatée pour cette vie normifiée. Elle découvre le jardin présent derrière le château : un jardin où Edward s’exprime à travers ses sculptures.
Kim s’ouvre à Edward et lui demande de la prendre dans ses bras. A cause de ses mains, Edward n’a d’autre réponse que “je ne peux pas”. Ces ciseaux, c’est la coupure aux autres : au père, à la société.
Tim Burton met en évidence une société ou la norme est imposée, et l’écart d’une norme semble pathologique. D’un point de vue de la psychologie clinique, la normalité n’existe pas selon le groupe. L’état pathologique se définit par la souffrance (à quelques exceptions près) et la réduction des capacités d’adaptation et de création. En psychanalyse, le pathologique se définit par l’excès.
Face à une société comme Suburbia, où toute personne doit être dans la norme, la différence est considérée comme pathologique. Dans ce type de société il y a des bons et des mauvais comportements, l’apparition de “coach” investi d’une toute puissance (et dont ils ne souhaitent pas sortir) pensant remettre les personnes dans de “bons” comportements. A partir de quoi la norme est fondée? Tenter de viser cette norme n’est-ce pas eugéniste? Ce désir considérait qu’il y ait une perfection possible?
Heureusement que Suburbia n’est que du cinéma! Non?
Bravo, j’adore l’idée de l’analyse du film.
La norme… Ahhh, la ‘norme’. Ce qui est normal pour une société se retrouve déviant pour celle qui la précède, etc. De ce coté-ci du globe nous agissons ‘normalement’ selon des comportements et une morale qui est tout à fait immoral ailleurs, vice et versa…
Qui a raison? Il est impossible de définir une norme universelle, mais nous croyons pourtant tous agir selon cette ‘norme’.
Cela me fait penser à une phrase d’un très bon livre qui traite avec profondeur le sujet de la ‘normalité’: Véronika décide de mourir de Paolo Coelho.
“C’est grave de s’obliger à ressembler à tout le monde: cela provoque des névroses, des psychoses et des paranoïa”
Bonjour et Bienvenue (merci également pour les contenus que vous laissez à disposition sur votre blog)!
Vous mettez en avant ce que Claude Lévi Strauss avait évoqué sous le terme d’”ethnocentrisme”. Le simple fait de vivre dans une culture nous permet de considérer que notre culture est surement la meilleur. Cette différence culture peut-être autant géographique qu’historique. La culture romaine est-elle meilleur ou non que la culture italienne? Et puis qu’est ce que la culture italienne? Est-ce la même entre Turin et Rome? Dans une même région nous pouvons rencontrer des cultures différentes.
La culture peut se définir par tout ce qui nous entoure, tout ce qu’on partage avec un groupe d’individu (langue, manière de manger, de dormir, d’interagir, de penser…). Il n’existe rien d’artificiel qui ne soit culturel.
Alors a cette question, existe-t-il une culture meilleure qu’une autre, non. Est-ce que la société nord-occidentale est supérieure aux sociétés traditionnelles (dont certains les nomment primitives, montrant bien déjà une supériorité) ? Non plus. Chaque culture se vaut et représente un système de fonctionnement social de l’être humain.
Je suis parti un peu loin peut-être sur la notion de culture. La norme n’est que l’idéal (et non la moyenne) d’un système culturel. Il varie ainsi. Pour en revenir à votre citation, tendre à être quelqu’un que nous ne sommes pas dénote d’une difficulté à s’accepter. Tendre vers une normalité, ça n’existe pas en psychanalyse.
Très bon commentaire, je n’aurais pas pu dire mieux!
Et oui, ce film est bien effectivement un film sur la tyranie de la norme.
Cependant je voudrai repréciser votre définition de la norme.
La norme est initialement un terme statistique désignant théoriquement le point où l’on veut situer le sommet d’une répartition d’éléments sur un repèrese orthonormé selon la courbe de gausse.
En principe lorsque l’on répartit une population, à partir d’une de ses caractéristiques selon une courbe de gausse, la norme et la moyenne devraient en principe se confondre.
La moyenne en statistique c’est par exemple la somme de toutes les valeurs associées à chaque élément, divisée par le nombre de ses élément.
Par exemple, lorsqu’on se penche sur une classe de 30 élève qui a fait un devoir (de statistiques par exemple) noté sur 20, la “moyenne” n’est pas nécessairement le “10/20″ qui se situe à équidistance entre la note minimale possible (0) et la note maximale possible (20). La moyenne statistique sera ce qu’on désignera courrament comme étant la “moyenne de la classe”.
Le 10/20 n’est pas la moyenne, mais… La norme.
On voit bien comment la notion de norme est d’ailleurs souvent théorique ou idéale puisqu’il est rare que la norme corresponde réellement à la moyenne de la classe.
Théoriquement la norme devrait être le comportement, ou le trait, le plus représenté au sein d’une population.
On se rend compte de l’absurdité de la chose quand on sait que par exemple pendant longtemps la femme française “normale” sur le plan statistique devait avoir 1,8 enfant. Ni 1, ni 2… Mais 1,8.
On a alors inventé les écarts-types. Entre -1 et +1 écart-type autour de la norme (sommet de la courbe de gausse), on devrait en principe trouver 60% de la population étudiée, les 40% restant se répartissant de part et d’autre (20%+1 écart-type).
Bref. En statistique le comportement est normal à condition d’être le plus répendu… Et un comportement est d’autant plus anormal qu’il s’éloigne du comportement le plus répandu. Peu importe en réalité de savoir si le comportement le plus répandu est d’ailleurs le plus évolué (les personnes ayant un QI>130 faisant partie d’une frange minoritaire de 2% de la population sont statistiquement des anormaux!).
La seule référence sur laquelle s’appuie la norme en statistique et là où l’on prend la statistique comme unique référence clinique… C’est le comportement le plus répandu (peu importent ses motivations).
En clinique… d’orientation analytique… Le normal et le pathologique ne s’opposent pas. Le pathologique n’est pas le contraire du normal en tant que norme statistique. Ce qui définit la pathologie c’est la souffrance… Et on parlera d’état normal pour désigner l’absence de souffrance… Le “silence des organes” tel que je ne sais plus quel grand médecin définissait la santé.
Pour exemple, l’homosexualité n’est pas l’orientation sexuelle statistiquement la plus répandue… Et pourtant il serait mal vu aujourd’hui de dire qu’il s’agit d’une pathologie en soit… Ou de dire que les homosexuels sont des “anormaux”. En outre si certaines personnes peuvent éventuellement souffrir du regard du Grand Autre social sur la différence de leur orientation sexuelle… Cela ne suffit pas non plus à la qualifier de pathologie.
Or donc… Nous voyons bien comment un clinicien digne de ce nom doit se méfier comme de la peste de toute vision normative de la personnalité… Et de toute classsification des troubles psychiques qui reposerait sur de simples statistiques sous des prétextes d’objectivité illusoire… En refusant justement de se questionner sur ce que recouvre la souffrance psychique en terme de processus, ou de questionnement éthiques.
A bientôt
Vous avez tout à fait raison. Il faut se méfier de ce concept en tant que psychologue. C’est pour cette raison que j’évoquais ces notions et ainsi expliquer que le normal n’existe pas.
Il est illusoire.